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L’ALTERITE DANS LA RELATION EDUCATIVE: Qu’est l’Autre à éduquer?

L’ALTÉRITE DANS
LA RELATION ÉDUCATIVE :    QU’EST L’AUTRE A ÉDUQUER ? 

 

 

INTRODUCTION

 

En vue d’une éducation rentable et pour une société d’épanouissement, il est d’importance capitale dans le processus éducatif que l’Autre à éduquer soit considéré à sa juste place par l’éducateur. Et ceci ne peut se passer que dans une certaine altérité dans la relation éducative au sein de laquelle chacun (c.à.d. l’éducateur et l’éduqué) tient compte de l’Autre. 

En effet, dans le processus éducatif, jadis, l’éduqué était considéré comme un vase vide qu’il fallait bien et simplement remplir. Pour la conception contemporaine éducative, l’éducation se passe en dialogue. Et dans le dialogue, il y a deux acteurs actifs. C’est le cas de l’éducateur et l’éduqué. Nous allons dans les lignes qui suivent essayer de démontrer la pertinence du concept d’altérité au sein de l’éducation dans le milieu éducatif. 

 

1. Altérité et Éducation

 

« Altérité, vient du mot latin « alter » qui signifie autre, caractère de ce qui est autre, opposé au même, à l’identique. Ainsi, l’altérité désigne la simple différence entre les termes dans leur multiplicité et extériorité réciproque. Elle s’oppose donc à l’identité » (Dictionnaire de philosophie p. 15) 

L’éducation, plus que l’instruction, «  est un processus par lequel l’individu, à mesure qu’il grandit, s’installe dans son patrimoine culturel. » (Pour une éducation à la mondialité en Afrique, p.39.) C’est un processus de socialisation méthodique des jeunes générations, acquisitions des conduites permettant l’adaptation de l’individu à un environnement matériel, social et politique déterminé » L’éducation est par là donc un projet humain, un désir et une nécessité présent dans toutes les sociétés, comme le remarque P. ERNY. Donc, éduquer un enfant, c’est lui apprendre à vivre dans un environnement social donné, c’est lui donner les bases nécessaires pour s’insérer correctement dans l’histoire de son temps. (P. ERNY, cité par TSHIBILONDI NGOYI, in, pour une éducation à la mondialité en Afrique : p. 40.) 

Nous remarquerons que dans l’une ou l’autre de ces définitions de l’éducation, l’accent est mis sur l’intégration de l’éduqué au sein d’une société, d’une culture donnée. 

Cependant, les cultures ou les sociétés ne sont pas identiques car au tant de peuples il y a, au tant des cultures il y aura. Ensuite, chaque culture, communauté, société et peuple éduque suivant les besoins et surtout selon l’image que ses membres ont d’eux-mêmes, de l’Autre et d’après l’idée qu’ils ont de leur environnement immédiat du monde. Dans notre réflexion, il s’agira de l’aspect relationnel l’éduqué et éducateur dans l’éducation, mais avant d’aborder cet aspect, nous voulons spécifier et découvrir d’abord la vision bantu de la personne pour enfin appréhender leur considération de l’éduqué. 

 

2. Conception bantu de la personne

 

Dans la conception bantu de la personne, l’être humain n’est pas conçu sous l’angle de la dualité c.à.d. comme Corps/Esprit, l’être humain se déploie à travers la littérature orale, comme le dit TSHIAMALENGA NTUMBA. Mais alors, se pose le problème par rapport à « la dualité de l’homme-apparent, corporel, visible et mortel d’une part et, d’autre part, de l’homme véritable, corporel, invisible et immortel » (p. 41.) Pour le Bantu, il y a un certain dynamisme, il s’agit de la survie aussi bien du corps humain, du végétal que de l’animal. Il ne s’agit donc pas d’une dualité d’opposition  des essences ou co-essences au sein d’un même existant. Parlant de la dualité de l’être humain, la pensée bantu la compare à la dualité de toute graine : c.à.d. la graine apparente et visible qui meurt en terre ; par contre, l’autre graine, invisible et véritable surgit et survit de terre. C’est le cas p.ex. Chez les Baluba du Kasaï en RDC, le Muntu Muine désigne l’homme véritable. Celui-ci est invisible, il est caché par l’homme apparent, c’est seulement la mort de celui-ci qui permet à l’homme véritable de se dévoiler. Ainsi, le Cizubuzubu (càd le corps visible) est enterré, se décompose ; tandis que le Muntu Muine, l’homme véritable continue de vivre mais invisible aux terriens. On l’appelle l’Ombre. «  Le Muntu refuse de mourir et se construit un modèle qui lui permet de justifier à la fois la situation empirique du cadavre et le refus obstiné de mourir. » (P. 42.). La question de l’apparence et de la réalité se pose ; c.à.d. de l’homme apparent et de l’homme réel. Quel est l’homme qu’il faut ? Peut-on avoir l’un sans l’autre ???? 

Ainsi donc, nous arrivons à la conception bantou selon laquelle, la personne est une unité de plusieurs composantes, elle n’est donc pas une dualité comme peuvent le penser certains. Certaines de ces composantes sont fondamentales, permanentes, d’autres par contre sont secondaires, temporaires ; c’est le cas de la personne réelle opposée à la personne véritable. Mais bien que la personne soit issue de plusieurs composantes, chacune de celles-ci joue son rôle et entre elles, constituent une unité qui est la personne, l’individu. Cette personne  ne vit pas seule, mais avec d’autres personnes pour son accomplissement. Pour les africains, on ne néglige rien, car tous (petits et grands), chacun  à son niveau contribue au bien de l’ensemble. Tempels dira à ce sujet que  « pour les africains, tout est force ». Dans cette force dont à chacun  des membres contribue ; il faut souligner l’aspect relationnel qui les unit. 

Alors, dans cette mouvance, quel sera la place de l’autre éduqué ? 

 

3. La considération de l’enfant

 

L’enfant, dans le contexte africain, est un don, « un être sacré, il vient d’ailleurs, il est le tout autre. On peut parler de son épiphanie, car il se manifeste à nous » (P. 43) Dans sa manifestation à nous, l’enfant est une assurance permanente de génération en génération. 

Spirituellement, l’africain estime que l’enfant est différent de ce qui vient d’ici-bas ; raison pour laquelle on ne peut pas l’expliquer par le simple jeu des influences biologiques ou des apports du milieu, car il est au-delà de ceux-ci, il est plus que cela et ensuite il transcende tout cela. 

Départ cette différence qui échappe à l’entendement des adultes vis-à-vis de l’enfant, on le considère à la fois comme  reflet, révélation et envoyé de l’autre monde, c.à.d. le monde des ancêtres, de la divinité. Il joue pour cela le rôle d’intermédiaire entre la terre et l’au-delà. Cet enfant, il nait avec une personnalité déjà constituée, une intelligence et une volonté. Il a tout un passé derrière lui, un passé qui redevient présent, et qui en fait quelqu’un de singulièrement important. Finalement, venant au monde, l’enfant n’est ni un être vide qu’il faut par tout moyen remplir, ni un être incomplet auquel il ; faut ajouter des éléments pour le compléter. Son problème est ailleurs parce que l’enfant qui se manifeste à nous est un autre qui a tous les atouts qu’il faut éveiller. Et pour y arriver, il faut l’accueillir et le considéré tel qu’il est, il faut l’aider à se révéler, à se manifester non comme le «  même » adulte mais comme lui, à son niveau d’enfant. C’est alors le rôle du Même, que nous considérons comme l’éducateur, d’accueillir cet autre différent de lui qui, comme lui a déjà toutes les potentialités nécessaires et l’aider à s’intégrer dans son nouveau milieu. Il s’agit pour l’adulte face à ce nouvel être, d’être attentif à ses besoins, à ses désirs et surtout lui permettre de se révéler naturellement. Pour Emmanuel Levinas, la manifestation naturelle de l’Autre se passe à travers la parole, le discours. Parce que « Mon être se produit en se produisant aux autres dans le discours, il est ce qu’il se révèle aux autres, mais en participant à sa révélation, en y assistant » (Totalité et Infini : p. 231.) Puisque le monde de l’enfant est autre que celui de l’adulte et difficile même à connaître, il faut laisser cet enfant s’exprimer. Ainsi, dans ses rapports avec l’éducateur, l’éduqué participe à sa propre formation. Mais ceci ne lui est possible que par la collaboration de l’adulte qui lui stimulera à la  parole. 

C’est dans ce sens que P. ERNY estime de l’associalisation et de la personnification, qu’elles sont synonymes au sens ontologique. Autrement dit, la personnalité de l’enfant ne peut ni se révéler ni se déployer si elle n’est pas acceptée, reconnue, ressaisie, assumée par la communauté. C’est le pourquoi des rites qui ont pour objectif de faire participer activement l’enfant à la vie sociale de son groupe. Ces rites sont progressifs suivant l’âge, le sexe, culture pour arriver à la plénitude de l’être. 

La spécificité et l’originalité de la pédagogie traditionnelle ou du rite traditionnel consiste à toucher l’être pour lui faire passer de l’état de la nature à celui de la culture et la mener à sa véritable destinée, à son épanouissement. Dans ce sens, le rite intervient au niveau de la personnalité sociale, et insère l’individu dans cette collectivité qui, aux yeux de la tradition africaine est seule capable de lui donner un statut de personne, de lui sortir d’un état marginal pour le faire accéder à la condition d’homme. Le groupe identifie l’individu et aide celui-ci à s’identifier. L’Africain, peut ainsi se définir par rapport au groupe : «  Qui sont les autres ? Qui suis-je pour eux ? » Au moment où pour l’Occident, tout part de moi vers moi «  Qui suis-je ? » Ceci nous confirme clairement la valeur accordée aux relations qui unissent l’enfant aux autres, visibles et invisibles dans nos sociétés africaines. 

Etant donné que l’aspect relationnel est fondamental, comment et à quel moment la personne fait-elle cette expérience de relation ? Disons pour répondre à cette question que l’enfant, qui est l’autre éduqué découvre l’autre en face, c.à.d. ses premières relations à travers  la personne de la maman ou ses remplaçants jusqu’à l’âge scolaire. Ce qui fait que la petite enfance soit domin2e par une relation fusion affective de l’enfant avec sa mère. C’est seulement vers l’âge de 6 ans que chaque enfant reste auprès du parent de son sexe et les personnes du clan. C’est à la puberté dans certaines sociétés que se fait l’initiation de passage de la vie d’enfant à celle d’adulte. 

 

4. Le milieu éducatif traditionnel et les agents éducatifs

 

Dans la société traditionnelle, en plus de la famille restreinte, c’est toute la communauté qui éduque. L’enfant appartient à tout le clan, à toute la communauté qui détient  sur lui une responsabilité éducatrice de l’accompagner et l’aider à s’intégrer dans son groupe. Ce que devient cet enfant, sa conception de la vie dépendra du cadre culturel, social, économique, et politique dans lesquels il évolue. Rappelons par là que les transmetteurs dans ce système éducationnel sont les anciens c.à.d. les ancêtres, les vieux, les chefs de lignage, les parents, les ainés,….. car on estime que la sagesse s’acquiert avec l’âge. 

La vie étant communautaire, l’éduqué grandit avec cet esprit communautaire le stimulant à la recherche des intérêts individuels et communautaires. Ceci favorise dans la famille des rapports de génération en génération, et l’acte individuel honore ou déshonore toute la famille. 

Dans cette éducation traditionnelle, l’accent est mis sur certaines valeurs comme : le respect de la vie, le respect des aînés, la sociabilité, l’écoute, l’hospitalité, l’union du groupe, la solidarité,…… Mais dans tous ceux-ci, le moment le plus délicat de l’initiation  est celui du mariage, de la sexualité, de la fécondité, de la naissance, de la mort car ces moments sont entourés de beaucoup de règles et des rites. 

Le motif primordial de l’initiation est d’assurer pour un groupe des jeunes le passage de l’ignorance au savoir. 

 

5. Caractéristiques de l’initiation

 

Certains aspects fondamentaux caractérisent l’école initiatique et en constituent la valeur. D’autres par contre sont secondaires. 

D’abord, soulignons que les rites de l’initiation varient d’une culture à l’autre, d’un âge à l’autre et du sexe à l’autre. Mais en dehors de cette différence, en général, l’initiation est caractérisée par : 

v     Le retrait du candidat de son milieu habituel ; ceci marque une nouvelle vie à débuter 

v     L’oralité : l’initiation ne se raconte pas, elle se vit ; les initiés sont tenus à garder le secret. Cette oralité initiatique ne fait que renforcer la tradition de l’Afrique dont la richesse et la complexité est orale. 

v     Petit groupe de jeunes du même âge et même sexe 

v     Elle se passe en un temps limité dans un lieu fermé 

v     Elle prépare les jeunes à comprendre et à affronter moralement et physiquement les épreuves qui les attendent dans la vie future d’adulte 

v     Formation du caractère 

v     ……………….etc… 

A côté de ces aspects communs, rappelons que l’initiation a pour but de faire du petit garçon, un homme capable de se situer dans la vie face à n’importe quelle situation, et de la petite fille, une femme au vrai sens du mot. 

Pour la jeune fille, il fallait la préparer à assumer son mode spécifique d’être, c.à.d. de devenir créatrice au sens de reproductrice, son rôle de mère et d’épouse, le sin de son corps, la vie avec son mari, les soins du ménage, etc.…Pour elle, l’initiation se passe dans la foret ou dans une cabane isolée pour mettre en évidence l’élément important qui est la ségrégation,… Pour le garçon par contre, « L’initiation comporte la révélation d’un événement qui s’est passé in illo tempore, qui fait partie intégrante de l’histoire sacrée de la tribu, et par la même appartenance à la «  culture » et non plus au monde naturel » (P. 52) Contrairement pour la fille, l’initiation masculine se fait dans des camps éloignés des villages avec leurs aînés initiateurs, et là, ils sont soumis à des épreuves d’endurance pour lutter contre la nature et ainsi former le caractère viril propre aux pères de famille. L’initiation pour les garçons a pour but d’introduire ce dernier dans un monde qui n’est plus « immédiat » ; le monde de l’esprit ert de la culture » 

 

 

CONCLUSION

 

En guise de conclusion, notre réflexion sur l’altérité dans la relation éducative en particulier sur le sujet de l’éducation et sa place, nous avons avec fier constater que l’Autre à éduquer n’est pas un vase vide qu’il faut par tous les moyens remplir. L’autre a déjà tout ce qu’il lui faut pour son intégration dans la société ; seulement il a besoin d’un guide pour éveiller ce qu’il possède déjà. C’est le rôle de l’éducateur. 

Par ailleurs, l’Autre à éduquer n’est pas sans identité. L’Autre, c’est-à-dire l’enfant, sujet de l’éducation est un être issu d’une famille, d’un milieu social, … dans lequel il a reçu les premiers éléments de son éducation. Il revient pour cela à l’éducateur de tenir compte de ces éléments. Nous avons, à titre d’exemple, découvert la considération Bantu de la personne ; raison pour laquelle l’éducation chez les Bantu ne peut se passer de cette dernière sinon l’éducation aura perdu sa valeur, éduquer par et pour la société. 

 

 

 

 

 

BIBLIOGRAPHIE :

 

Pour une éducation à la mondialisation en Afrique, (sous la dir. G. PALLANTE), Presse de l’UCAC, Yaoundé-Cameroun, 2003, 198 p. 

Emmanuel LEVINAS, Totalité et infini essai sur l’extériorité, Paris, Librairie générale française, 1990,284 p. 

 

 

 

 

TABLE DES MATIÈRES

 

INTRODUCTION.. 1 

1. Altérité et Éducation. 1 

2. Conception bantu de la personne. 2 

3. La considération de l’enfant 3 

4. Le milieu éducatif traditionnel et les agents éducatifs. 4 

5. Caractéristiques de l’initiation. 5 

CONCLUSION.. 6 

BIBLIOGRAPHIE : 7 

TABLE DES MATIÈRES. 7 

 

Dans :
Par riziki
Le 4 juin, 2010
A 15:33
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